Manon, l'ascension de Katana (nouvelle policière)

Publié le 12 Avril 2021

Manon maugréait. Elle avait perdu son père à trois ans. Dans la maison familiale de l’Yonne, il n’y avait plus que sa mère, une dépressive qui collaborait avec les services scientifiques de la police. Sa mère avait commencé par être chiropractrice, médecin à la morgue. Elle avait fini dans la police scientifique. Son mari était mort d’un cancer. Elle avait les épaules et la tête assez solide pour continuer à éduquer sa fille. A sept ans, la gamine, de son prénom Manon, vivait dans cette ville mêlée de fer, de bois, et d’ombres qu’était l’Yonne. Elle avait en elle une vieille colère, du genre l’innocence choquée. Flippée. Un peu, mais vraiment flippée des fois. Mais avec un père absent enlevé par la Mort, que voulez-vous l’autorité vient des mages. Ça a avait commencé avec Michel, dans son enfance dans les années 80. Un voisin. Le connard avait voulu l’agresser. Elle l’avait semé après avoir vu la saloperie dans sa maison. Michel Fourniret est un enfoiré. Salopard de Fourniret. Mais bon, si Papa est comme ça…

-Connard de Fourniret. Va te fournir ailleurs Fourniret. Fourniret connard. CONNARD !. T’es mon père Fourniret… T’est mon PERE !!!

-Non je suis pas ton père Manon. Je suis un criminel. Tu es aussi une criminelle ???

-Ouais ouais papa. T’es un bon naze. Va faire le mal avec ta salope. Moi je suis Samouraï t’entends ?!. Je suis une Ronin. UNE PUTAIN DE RONIN !!! Va te faire mettre, je prends ma vie. Je suis Samouraï Fourniret. Je suis bonne à tuer. Le Mal j’le prends !!! Mais mieux que toi Papa, mieux que toi.

Michel Fourniret l’avait un peu mal pris, il avait prit cela sur lui, la gamine de sept-dix ans s’était barrée. Katana ferait mieux que Fourniret. Manon, alias Katana, serait la Ronin du Mal. Elle verrait. Tout est bon à prendre dans ce monde. Elle habitait dans l’Yonne, une grosse et vieille maison avec un toit en bois patent, et toujours le même vélo rouge à côté. Le Destin lui semblait intéressant, mais la première carte était la Mort, la deuxième le Mal, la troisième le meurtre, la quatrième la vie, mais la cinquième était la souffrance, qu’elle saurait maîtriser. Une légation dans la mort, ainsi était le symbole de son père.

 

A quatorze ans ans, en 1993, elle a réussi a dézinguer une pute de vieille, selon elle, qu’elle ne trouvait pas claire. Liselotte Schlengler, 68 ans. 1993. Elle avait vu, ou lu le bouquin de Medhi bejall Kacem. 1993. Smells like teen spirit, come as you are, 1993. Le refrain de Kurt en mort pour Katana. L’intronisation. Elle avait balancé des fleurs devant le cadavre. La vieille, elle lui avait ouverte. Une gamine avec des fleurs dans la main. C’est pour toi mamie ! Manon souriait. Liselotte l’avait laissé entrer. Un vieux truc avec le film de Poolvorde, où il tue. 1993. Elle avait discuté, et dans la foulée, pas de miracle, elle avait dénoué le bouquet, et l’avait étranglée avec la ficelle. 1993. Violent. Liselotte avait trouvé ça charmant. Normalement les vieux ont peur chez eux. Là, c’était vraiment pas clair qu’elle lui ouvre. Putain de sacrificatrice. Salope de cannibale. Le Ronin rempli son propre contrat moral. A 68 ans, en 1993, tu te méfies pas ???? T’es pas claire Liselotte, avait dit Manon.

 

Après y avait eu Joseph, encore un vieux. L’Allemagne, autant faire long. Pourrait jamais soupçonner une Yonnaise. Française. Joseph Walzenbach, elle avait fumé dans l’appart’, très sûre d’elle-même. A son deuxième meurtre, elle commençait à devenir pro. On avait retrouvé son ADN sur les clopes. Putain. Même ADN chez Liselotte, sur la tasse de thé. Ah la la. Pas fichée. Voilà. Elle avait fait des macchab’, au lieu de faire des enfants. Anne Rice, la Reine des damnés. Akasha. Fallait faire la mort aux macchabs. Aux macchabbés. A ces putains de vampires psychiques. Une métaphore putain. Elle était Isis.

Elle lisait des trucs. Elle apprenait. Conduisait. Baisait. Volait son pain quotidien. Allait parler avec les gitans. Furtive, imprenable. L’héro, aussi. Je suis comme Bohringer. Je suis la maudite qui agit à sa manière. Je traîne, je bouge. Elle était la Jean Baptiste Mendi du crime (moral) selon elle. Danse, Mendi, danse ! Elle avait essayé. Danse Manon, danse ! Putain je suis pas la mort ! Dead can dance. Musique. Elle avait eu honte et peur de danser vraiment. Des petits moments de joie humaine et de doute. Mais bon, Katana continue, et personne ne lui barrera la route. Voilà. Voilà.

Silhouette moyenne, plutôt grande, formes voluptueuses, et corps mince et équilibré, petit blouson, cheveux noirs attachés en arrière, campée, en attente, avec toujours, en revenance, le bras droit plié à mis-buste, signe de fragilité. Elle trainait dans les parcs, toujours à se défouler à l’air pur. Fumait des Marlboro blanches, elle avait peur des Marlboro rouges. Trop sérieux, flippant, j’suis pas un cow boy. Blanches. La mort blanche. Requin pas marteau…

Les fils de pute de flics avaient son ADN. En plus, avec sa mère… tu parles. Elle avait décidé de les enfoirer. Faut que ma mère me pistonne. Elle s’était acheté des lunettes, une blouse blanche, et s’était faîte embaucher dans la police scientifique. Ça faisait déjà cinq ans. Entre le boulot de Ronin et la police scientifique, elle restait logique. Elle avait réfléchit au piège ultime, à la logique imparable de l’arnaque. Elle avait bien compris. Comment faire pour ne plus exister ??? Si c’est moi, et bien ce n’est pas moi, et moi, c’est la jeune fille. Les flics sont tellement inattentifs… Ca ne tiendrait pas devant un tribunal. Parfait. Je gagne, comme d’habitude. Parce que là, sinon t’es fou.

Elle avait dit quelque chose à un moment. Quelque chose de tellement bête… Elle a dit que pour les six meurtres de Katana, même les échantillons de peau retrouvés avec son ADN, et bien qu’elle avait mêlé son ADN quatre à cinq fois de suite aux prélèvements trouvés sur les lieux. De fait, rien n’avait été trouvé sur les lieux. Car à chaque fois, elle avait mêlé accidentellement son ADN. Le fantôme de Heillbronn n’avait jamais laissé de traces sur les lieux du crime, car à chaque fois, l’ADN complet de Manon s’était mêlé à l’ADN complet de Manon. Donc il n’y a pas de meurtrier similaire. C’est moi ! Eh excusez-moi, c’est moi ! A chaque fois je me suis gourée. Faut le faire… Et bien sûr, aucun autre ADN. Pas de traces, les preuves n’existent pas. Tout a été complètement souillé. Faut le faire. Mais ils l’ont tous gobé, même les journalistes ! Ah la la l’arnaque, le poker… Ça marche, ça.

Manon s’était reposée dans sa maison de l’Yonne, Fourniret, son cher Papa de substitution, avait été arrêté. Le vélo rouge était toujours dehors. Fallait plus laisser de traces ADN. Plus traîner dans les parcs avec la bouffe. Plus cloper sur un lieu de crime. Plus laisser sa peau par terre quand y a égratignure. Sa peau. Putain, les gens sont vraiment cons et abusables, se disait-elle. Le Destin continuait. Et bien sûr, aux yeux de tous, elle n’existait pas. Katana, Manon, le fantôme de Heilbronn, était vraiment devenu un fantôme…

Rédigé par Samuel

Publié dans #Littérature

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article